Parmi les histoires extraordinaires du monde chrétien, peu sont aussi énigmatiques et inspirantes que celle de l’escalier en colimaçon de la chapelle de Lorette (Loretto) à Santa Fe, aux États-Unis. Ce chef-d’œuvre architectural, construit à la fin du XIXe siècle, défie encore aujourd’hui les lois de la physique et continue de nourrir la foi de nombreux croyants. Retour sur une histoire mêlant détermination, foi, mystère… et peut-être même intervention divine.


Santa Fe : une ville entre deux mondes

Au milieu du XIXe siècle, Santa Fe faisait encore partie du Mexique. Mais en 1850, à l’issue de la guerre américano-mexicaine, la région devient américaine avec la création du territoire du Nouveau-Mexique. C’est à ce moment que Mgr Jean-Baptiste Lamy, un évêque français, est nommé pour organiser l’Église catholique dans ce territoire vaste et peu structuré.

Face à un manque criant de prêtres et d’institutions, il fait appel aux Sœurs de Lorette, originaires du Kentucky, pour venir fonder une école à Santa Fe. Leur voyage fut tout sauf facile : plus de 2000 km en chariot, des routes difficiles, des maladies – la mère supérieure meurt du choléra en route. Mais rien n’arrête ces femmes animées d’une foi inébranlable.


Une école… puis une chapelle sans escalier

À leur arrivée, les Sœurs de Lorette fondent un établissement destiné à l’éducation des filles : le Collège de Lorette. En 1873 débute la construction de leur chapelle, inspirée par la Sainte-Chapelle de Paris, premier édifice gothique de la région, placé sous le patronage de saint Joseph.

Mais aucun escalier ne relie la tribune à la nef. Impossible pour les choristes d’y accéder. Tous les charpentiers locaux sont unanimes : l’espace est trop exigu, il est impossible de construire un escalier… sauf à fixer une simple échelle ou à tout démolir.


Une prière… une réponse mystérieuse

Face à l’impasse, les sœurs décident de recourir à leur arme la plus puissante : la prière. Elles entament une neuvaine à saint Joseph, espérant un miracle. Le dernier jour, un charpentier inconnu frappe à la porte. Il accepte la mission, à une condition : travailler seul, sans être observé.

Avec pour seuls outils une scie, un marteau et une équerre, il se met au travail pendant six mois, en silence. Puis, un matin, il annonce que l’escalier est terminé… et disparaît sans demander de paiement. Les sœurs ne retrouvent aucune trace de lui, ni à la scierie ni ailleurs. On ne connaît ni son nom, ni l’origine du bois utilisé.


Un escalier qui défie la logique

L’escalier est une véritable prouesse :

  • Il mesure 6 mètres de haut et effectue deux révolutions complètes (720°).

  • Il est sans pilier central, sans clou, sans colle : uniquement assemblé par chevilles en bois.

  • Il repose uniquement sur sa structure hélicoïdale, soutenu par le limon intérieur, ce qui le rend autoportant.

  • Il possède 33 marches, un chiffre symbolique : l’âge du Christ lors de sa crucifixion.

L’escalier oscille légèrement comme un ressort, sans jamais s’effondrer, même après plus de 150 ans d’usage intensif. Un détail saisissant : le type de bois utilisé ne correspond à aucune essence locale.


Témoignages bouleversants et hypothèses sceptiques

Des religieuses ayant utilisé l’escalier ont confié leur étonnement : certaines descendaient à quatre pattes tant elles avaient peur ! De nombreux architectes sont venus étudier l’œuvre, incapables d’expliquer sa conception.

Certains chercheurs avancent que le constructeur serait un Français du nom de François-Jean Rochas, mais cela contredit de nombreux témoignages : l’homme vu par les sœurs était âgé, alors que Rochas n’avait que 27 ans en 1878.

D’autres sceptiques affirment que l’escalier n’a rien de miraculeux. Pourtant, si une telle construction était si simple… pourquoi n’existe-t-il pas d’autres exemples semblables dans le monde ?


Aujourd’hui : un monument conservé et vénéré

Le Collège de Lorette a fermé en 1968, mais la chapelle, elle, est devenue un musée privé. Elle continue d’attirer des milliers de visiteurs, croyants ou curieux, venus admirer l’escalier et s’interroger sur son origine.

Cet escalier soulève encore aujourd’hui une question essentielle : est-ce un chef-d’œuvre d’artisanat oublié, ou bien une intervention divine discrète en réponse à la foi sincère de ces femmes ? À chacun de se faire sa propre idée…