Introduction

En plein cœur de la Provence, dans le petit village de Bargemon (Var), un événement extraordinaire bouleversa la vie des habitants au XVIIᵉ siècle. L’arrivée d’une statue miraculeuse de la Vierge Marie, sculptée dans le bois sacré du chêne de Montaigu (Belgique), donna lieu à une succession de guérisons et de prodiges officiellement reconnus par l’Église après une enquête canonique de six ans.
Aujourd’hui, cette histoire incroyable, tombée dans l’oubli après la Révolution française, mérite d’être redécouverte.


Origine de la statue : du chêne de Montaigu à la Provence

L’histoire commence loin de la Provence, dans la province du Brabant, en Belgique. Sur une colline appelée Montaigu, se dressait un chêne majestueux, abritant dans une niche une statue de la Vierge Marie, vénérée depuis des siècles.
En 1602, l’arbre vieillissant fut abattu, mais l’archevêque Mathias Hovius fit construire une église pour préserver la statue. Ce jour-là, un phénomène bouleversa les fidèles : la Vierge versa des larmes de sang.

Du bois de cet arbre sacré furent sculptées plusieurs petites statues destinées à répandre la dévotion. L’une d’elles fut offerte au Révérend Père Sébastien Gâche, originaire de Bargemon, qui la confia à la confrérie des Pénitents blancs de son village.


La guérison miraculeuse d’Élisabeth Caille

La veille de l’installation de la statue dans la chapelle des Pénitents, une femme du village, Élisabeth Caille, gravement malade et condamnée par les médecins, reçut la visite inattendue d’une mystérieuse pèlerine vêtue de vert, portant une couronne d’or.
Après un moment de prière, la pèlerine lui annonça :

« Je suis ici pour vous guérir… et pour vous demander une chose : une nouvelle robe. »

Le lendemain, Élisabeth reconnut cette pèlerine dans la statue de Notre-Dame de Montaigu apportée par les Pénitents. À l’instant, elle réalisa qu’elle était totalement guérie. Ce fut le premier miracle d’une longue série.


Des miracles en chaîne

Au fil des mois, Bargemon devint un lieu de pèlerinage :

  • 1636 : Guérison d’Hugues Raybaud, 12 ans, atteint d’épilepsie.

  • 1638 : Jean Latil, 9 ans, muet et paralysé de naissance, recouvra la parole et la marche.

  • Autouroune Doibte, aveugle depuis six ans, retrouva la vue pendant la messe.

Ces guérisons, ainsi que d’autres prodiges, attirèrent des foules venues de toute la région.


L’enquête canonique et la reconnaissance officielle

Face à l’ampleur des témoignages, l’évêque de Fréjus, Monseigneur Pierre de Camelin, ouvrit une enquête canonique de 1635 à 1641.
Chaque cas fut étudié avec rigueur, en présence de médecins. Le verdict fut clair :

« Ayant vu et examiné plusieurs grands miracles, et n’y ayant trouvé aucune imposture, nous autorisons qu’ils soient publiés, prêchés et imprimés. »

Le sanctuaire reçut le soutien de Louis XIII, qui fit venir les Augustins déchaussés pour assurer les offices et accueillir les pèlerins.


La Révolution française : le sanctuaire plongé dans l’oubli

À la fin du XVIIIᵉ siècle, la Révolution française entraîna la fermeture du couvent, la dissolution de la confrérie des Pénitents blancs et la profanation du sanctuaire.
Heureusement, un paysan sauva la statue en la cachant. Elle ne fut redécouverte qu’en 1905, réinstallée discrètement dans la chapelle des Pénitents.


Un patrimoine spirituel à redécouvrir

L’histoire de Notre-Dame de Montaigu à Bargemon est un témoignage unique de foi, de persévérance et de miracles reconnus.
Aujourd’hui encore, la chapelle des Pénitents blancs conserve cette statue, mémoire vivante d’un passé où le ciel semblait s’ouvrir sur la Provence.